Des gencives qui saignent, est-ce un manque de vitamine C ?
Presque jamais. Un saignement au brossage signale une gingivite — plaque et tartre. La carence, elle, fait saigner spontanément, sans contact, et s'accompagne toujours de signes généraux : fatigue marquée, hématomes, douleurs articulaires. La vitamine C reste indispensable au collagène de la gencive, mais en prendre ne corrige pas une inflammation d'origine locale.
La vitamine C est la vitamine dont le lien avec la bouche est le mieux établi historiquement — les gencives des marins atteints de scorbut en sont l'illustration la plus ancienne de la médecine. C'est aussi celle qui donne lieu au contresens le plus répandu aujourd'hui : croire qu'une gencive qui saigne réclame de la vitamine C.
Ce qu'elle fait : rendre le collagène solide
Le collagène est la charpente des tissus de soutien. La gencive en est riche, le ligament qui relie la dent à l'os aussi. Or la fabrication d'un collagène stable exige une réaction chimique précise, et la vitamine C en est le cofacteur indispensable : sans elle, l'organisme produit un collagène qui ne tient pas correctement sa forme.
La conséquence est directe. Un collagène défectueux donne des tissus fragiles : des vaisseaux qui saignent au moindre contact, une gencive qui perd sa fermeté, une cicatrisation qui traîne.
Le scorbut n'a pas disparu
Le scorbut est la forme extrême de la carence. On le croit relégué aux récits de navigation ; il se rencontre encore, rarement mais réellement, chez des personnes dont l'alimentation exclut durablement fruits et légumes frais.
Son tableau buccal est caractéristique :
- une gencive gonflée, violacée, spongieuse, qui saigne spontanément — sans même qu'on la touche ;
- des dents qui se déchaussent et deviennent mobiles ;
- de petites hémorragies sous la peau, une fatigue marquée, des douleurs articulaires ;
- des plaies qui ne se referment pas, y compris d'anciennes cicatrices qui se rouvrent.
Le contresens : saignement ne veut pas dire carence
C'est le point le plus important de cet article. Dans l'immense majorité des cas, une gencive qui saigne signale une gingivite : une inflammation provoquée par la plaque dentaire et le tartre accumulés à la base des dents. Pas une carence.
Le traitement est alors sans mystère : détartrage, puis un contrôle de plaque efficace au quotidien. Prendre de la vitamine C dans cette situation ne corrige rien et fait perdre du temps — pendant lequel une gingivite peut évoluer vers une parodontite, qui, elle, détruit l'os et ne se rattrape pas.
Les situations où le statut mérite attention
Sans aller jusqu'au scorbut, certains profils ont des apports ou des besoins qui méritent d'être regardés :
- les fumeurs, dont les taux sanguins sont en moyenne plus bas — le tabac augmente la consommation de vitamine C par l'organisme ;
- les régimes très restrictifs ou monotones, durables ;
- les personnes âgées isolées, dont l'alimentation s'appauvrit sans qu'on s'en aperçoive ;
- la consommation excessive d'alcool, qui perturbe l'absorption.
À noter, chez le fumeur, que le tabac masque aussi le saignement : la nicotine resserre les vaisseaux. Une gencive de fumeur peut être malade sans saigner — ce qui rend le contrôle clinique d'autant plus nécessaire.
Une précaution que personne ne donne
Et après une chirurgie ?
Une cicatrisation demande de fabriquer du collagène, donc un apport suffisant en vitamine C. Cela ne signifie pas qu'en prendre davantage accélère les choses : au-delà des besoins, l'excédent est simplement éliminé. Une alimentation comportant des fruits et légumes frais couvre la question chez la plupart des gens.
La vitamine C étant sensible à la chaleur et à l'air, ce sont les crus et les fraîchement préparés qui en apportent le plus.
Au Centre Dentaire Walili
Devant une gencive qui saigne, notre démarche est toujours la même : identifier la cause locale d'abord — plaque, tartre, obturation débordante, brossage inadapté. C'est elle qui explique presque tous les cas. Ce n'est que devant un tableau inhabituel — saignement spontané, signes généraux associés, absence de plaque expliquant l'inflammation — que nous cherchons ailleurs et orientons vers le médecin.